Nous sommes aujourd'hui, une petite partie du temps qui s'émiette derrière nous. Le sablier continue de déverser ses larmes d'or, si triste de voir la vie passée devant ses yeux, alors qu'il n'est qu'une prison de verre, condamné à contempler. Moi, je ne fais que rester assise, sur le seuil de l'éternité, je la regarde, là-devant, mais je n'en prends pas une bouffée, je ne lui souris pas. Je m'agrippe au fer froid et blanc de la chaise sur laquelle je suis, au milieu d'un magnifique jardin aux couleurs et aux parfums merveilleux, presque extatiques, et je ne réfléchis plus. J'ai le regard glacé, plus froid encore que le sang qui se crispe dans mes veines, plus noir encore que le fond d'un puits oublié, au creux de la terre. Dans ma tête, chaque battement de mon c½ur résonne, mon cerveau se tord et faibli, mes pensées se noircissent, l'encre sombre de mon regard déteignant sur chacune de mes cellules. Je ne vois plus qu'en noir et blanc, plus un rayon de soleil n'est assez fort pour faire briller les couleurs et les conduire jusqu'à moi. Au-dessus de ma tête s'élèvent les nuages, sur mon visage s'acharne la pluie torrentielle, coulant de mes yeux à mon menton, jusqu'à chuter à mes pieds et noyer mon âme, la neige tombe en rafale, me rendant toujours plus froide, sans vie, et les nuages gris bloque toute source de lumière et de chaleur pouvant me décrisper.
Et pourtant. Je suis pleinement consciente de mon désir de me redresser, de respirer la pureté de l'oxygène, d'admirer la beauté du monde, de profiter de l'étreinte du soleil sur ma peau fragile, de faire avancer mes membres frêles, qui me conduiront là où je dois aller. Mais jamais je n'ai su, et il m'apparait que jamais je ne saurai, quelle est la vibration qu'attend tant mon c½ur, car tout ce qui a jamais su le faire vibrer, semble s'étendre et disparaître à l'horizon, hors d'atteinte, car je vois le monde défiler mais je n'arriver pas à bouger pour le rattraper, et tout me semble si loin, trop loin. Même mon c½ur ne bat plus que pour me maintenir assise plutôt que de m'abandonner à un corps chancelant s'écroulant sur la tuile encore plus froide que mon âme.










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